L'étang de lait
Lorsque j’étais à Nara au Japon j’allais souvent à la nuit tombante me promener à l’étang du héron. Il est au milieu de la forêt, silencieuse à cette heure où les temples se reposent. Silence. Vert vif de l’eau stagnante. Coup de sabre d’un pont rouge. Au centre de ce pont une « folie » rouge, elle aussi. J’allais là. Seule. Je regardais en dessous de moi les éclats métalliques des dos des carpes Koi. Et dans le silence parfait je tapais dans mes mains. J’applaudissais. Car dans ce pays à l’autre bout du monde ou rien n’est pareil qu’ici, c’est ainsi que l’on fait venir les poissons.
Et ils venaient, véloces. Eclairs argent, blancs, vermillons, or, bruns formaient sur ce vert acide des motifs sublimes. Je laissais tomber une petite pluie de miettes de gâteaux que j’avais achetés pour eux. Voraces. La cadence de la danse devenait frénétique. Puis se calmait. A nouveau silence… Vert de l’étang et sombre de la forêt. Pont rouge. Plaisir.
A Paris j’ai cherché ces belles à écailles. Et je les ai trouvées près de chez moi dans un bassin de pierre gris ou se reflète la façade blanche d’un musée. Alors j’ai rêvé mon étang. Un étang de lait. Car en Inde on dit que toute la création est sortie d’un océan de lait.
Marion DUMAINE
Étang d'été
L'étang d'été
Collages
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